hommage à didier bezace


Jeudi 19 mars 2020

C’est aujourd’hui les obsèques de Didier Bezace qui se déroulent au cimetière du Père Lachaise. Ne peuvent être présents à la cérémonie que son épouse Dyssia Loubatière et ses enfants, le confinement général ne permettant pas au public, aux amis, à la profession, aux comédiens, à tous ceux qui l’aimaient, d’aller au cimetière pour le saluer une dernière fois.

Ses écrits, sa pensée nous éclairent : « Il nous faut séduire, non comme des charlatans ou des marchands de divertissements, mais avec l’envie de partager notre plaisir. Nous sommes des raconteurs d’histoires. Certaines, joliment racontées, font du bien à l’humanité. Celles-là, je veux continuer à les transmettre parce qu’elles me font vibrer. On ne convoque pas une assemblée de gens qui viennent le soir après leur journée de travail, on ne leur demande pas de sortir de leur vie, de se rassembler autour de nous sans un souci de noblesse et de respect du spectateur…

Chaque nouveau projet – qu’il s’agisse d’un texte classique ou contemporain, voué ou non dès sa naissance au théâtre – me rend inexpérimenté, hagard et inquiet, il faut rassembler les forces du désir – les miennes et celles de mes collaborateurs – pour plonger dans l’inconnu et suivre en tâtonnant le chemin escarpé de la création. La seule expérience que j’ai gagnée au cours de ces années consacrées à la mise en scène, c’est qu’au fond de l’incertitude une certitude existe : il y a une solution, elle est cachée, il faut se donner les moyens de la découvrir. »

 

Didier Bezace

« Pour ma part, en tant qu’acteur et metteur en scène, à l’établi du théâtre depuis près de quarante ans pour incarner et transmettre la parole des poètes, pour en vivre par le cœur et par l’esprit, pour en faire le travail de tous les jours et l’ambition de toute une vie, pour croire avec orgueil et modestie que cette transmission, fabriquée patiemment dans l’ombre de la scène, est l’une des occupations les plus nobles et les plus indispensables à nos semblables ; pour croire que rien n’arrivera jamais à détruire tout à fait le besoin instinctif qu’ils éprouvent de se regarder dans le miroir fantomatique des mondes imaginaires que nous bâtissons passionnément sur nos vieux bouts de planches, mais pour savoir aussi que ce besoin, cette exigence, peuvent être menacés, abîmés, pervertis par des pratiques douteuses, des intérêts mercantiles, l’absence de liberté. Je demande solennellement qu’on ne renonce pas à ce qui constitue l’ambition culturelle républicaine. Je demande que l’art et son partage en soient le pilier autant que l’exigence du pain et la nécessité d’un toit.»

Didier Bezace, D’une noce à l’autre. Un metteur en scène en banlieue, édité par le Théâtre de la Commune, CDN d’Aubervilliers et Les Solitaires intempestifs, 2013, p. 187.

Dans le même ouvrage, p.85, Jacques Nichet , avec qui il a animé le Théâtre de l’Aquarium, salue son travail :

« À toi, cher Didier, à tous ceux qui t’ont accompagné avec tant d’énergie et de talent, nous ne pouvons que dire un simple merci. Oui, merci de nous avoir fait respirer si souvent l’air du large, traverser les tempêtes de notre temps avec l’aide d’un simple voile de pongé de soie, d’un peu de musique et de quelques mots… »