hommage à Jacques nichet


« Je montre la vie »

Adieu à Jacques Nichet

 

Jacques Nichet qui fut le Directeur du Théâtre des Treize vents à Montpellier, le Centre Dramatique National de la Région Languedoc Roussillon de 1986 à 1998 vient de nous quitter.

 

Metteur en scène (interprète et non créateur ajoutait-il avec modestie), artiste, universitaire, Jacques Nichet aura consacré toute sa vie au théâtre.

Elève de l’Ecole Normale Supérieure où il prépare l’agrégation de lettres classiques, il y crée en 1965 le Théâtre de l’Aquarium « une troupe universitaire » qu’il dirige jusqu’en 1968.

Professeur à l’Université Paris VIII, il installe l’Aquarium qui se professionnalise à la Cartoucherie de Vincennes, encouragé par Ariane Mnouchkine.

Voilà l’entreprise « condamnée au succès pour pouvoir vivre ». Jean Louis Benoit et Didier Bezace sont de l’aventure dès le début.

Ils cherchent à mettre en scène un théâtre nouveau, original, immédiat et visuel en prise directe avec l’actualité, proche du documentaire de terrain.

En 1986, Jacques Nichet prend la direction du Centre Dramatique National de Montpellier que dirigeait Jérôme Savary (qui avait dû quitter Béziers en 1983 pour cause de changement municipal). Il lui donne le nom de Théâtre des Treize Vents.

Les spectateurs gardent encore le souvenir des pièces qu’il va mettre en scène et des auteurs qu’il va faire découvrir, comme La Savetière prodigieuse (Lorca), Le rêve de d’Alembert (Diderot), Monstre aimé (Toméo), Le Baladin du monde occidental (Synge) avec Jacques Echantillon, Domaine ventre (Valetti).

Jacques Nichet assure aussi à cette époque et jusqu’en 1990 la programmation du Théâtre municipal de Béziers, dernière attache du Centre Dramatique avec la Ville qu’il a dû quitter.

A la demande de Gérard Saumade, le Président d’alors du Conseil général, il met en scène le « Triomphe de l’amour » de Marivaux pour la seconde édition du Printemps des Comédiens en 1988 qui le conduit du Domaine d’O jusqu’au lycée de Saint Pons qui l’accueille en « décentralisation ».

En 1996, un an avant de quitter les Treize  Vents, il est accueilli à Avignon avec la « Tragédie du Roi Christophe » d’ Aimé Césaire.

En 1997, Jacques Nichet quitte Montpellier  pour s’installer à Toulouse où il prend la direction du Théâtre National de Toulouse Midi Pyrénées, le TNT.

Il va, fidèle à sa méthode, y proposer, mettre en scène et faire découvrir des auteurs contemporains comme Koltès « Combat de nègre et de chiens » ; Svetlana Aleksievitch (future Prix Nobel de Littérature) avec « Les cercueils de zinc » ou encore son cher Dario Fo «  Faut pas payer ».

Après 10 ans passés au TNT, Jacques Nichet reprend sa route avec des haltes au Théâtre de la Commune (Aubervilliers),  en tournée avec « La Ménagerie de verre » une des premières pièces de Tennessee Williams. Il crée une nouvelle compagnie « L’inattendu » et donne aussi un cours au Collège de France sur la création artistique au théâtre.

Il était revenu à Béziers pour l’hommage que l’équipe de sortieOuest avait tenu à rendre à Jacques Echantillon, Directeur des Tréteaux du Midi, le Centre Dramatique National alors installé à Béziers.

L’église Saint Félix avait réuni tous les anciens amis de la belle aventure des Tréteaux et l’esplanade au pied de « la chapelle »  avait reçu le nom de Jacques Echantillon pour que vive en ces lieux, la mémoire d’un homme de théâtre, qui avait façonné la vie culturelle biterroise.

Esprit brillant, homme de culture, toute sa vie Jacques Nichet s’est passionné pour la création théâtrale.

Attentif à toutes les nouvelles formes d’expression, il aimait citer Zola : « Le théâtre n’existe pas !! A chaque fois qu’on voudra vous enfermer dans un code en déclarant : ceci est du théâtre, ceci n’est pas du théâtre, répondez carrément : Le théâtre n’existe pas. Il y a des théâtres et je cherche le mien ».

Dans « La savetière prodigieuse » que Jacques Nichet « ressuscita » grâce à une nouvelle traduction  du texte de Lorca, le savetier revient chez lui, incognito. Il s’invente sur le champ une profession artiste, homme de théâtre et il prononce ses mots qu’on pourrait attribuer à Jacques Nichet :

« C'est un métier de peu d’apparence et de beaucoup de science : Je montre la vie ».

Adieu Jacques Nichet. Merci de nous avoir tant de fois permis de regarder notre réalité en face « pour y voir plus clair ».

 

(photo : DDM, Frédéric Charmeux)