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Trois coups et trente ans

Le Printemps des Comédiens : trentième ! Trentième édition. Depuis vendredi, le Domaine d’O bruisse des mille rumeurs qui accompagnent ce festival depuis 1987 : éclats de textes, notes de musiques, rires sous les pins, familles en partance pour quelque cirque au fond du parc, spectateurs prêts à s’embarquer, en italien, en anglais, en vidéo, en musique, pour des voyages plus insolites… Ce début de festival est comme un concentré de tout ce qui nous attend, comme un concentré de tout ce qu’il nous offre de bonheurs bigarrés depuis trente ans. Qu’on en juge.



Le Rosaire des voluptés épineuses



Une création de Georges Lavaudant pour commencer. Bien des festivals envieraient une telle entrée en matière : après La Tempête, après Cyrano, revoici au Printemps un des plus grands metteurs en scène français. Tombé sous l’envoutement d’un texte de Stanislas Rodanski, ce poète surréaliste qui passa la moitié de sa vie en hôpital psychiatrique, Lavaudant règle dans un halo de crépuscule ce ballet où la mort et l’Hamour (orthographe de Rodanski) n’en finissent pas de s’enlacer.
Les 3, 5 et 6 juin à 20.30. Le 4 à 18 h au théâtre d’O. Spectacle complet.



Arlequin, serviteur de deux maîtres



On entre dans ce spectacle comme on visiterait un monument historique. Depuis 1947, le Piccolo Teatro de Milan joue, dans la mise en scène de son mythique directeur Georgio Strehler, cette version de l’Arlequin de Goldoni. Historique, en effet… On verra, sous le masque et l’habit à losanges, celui qui est Arlequin… depuis 1963 ! Ferrucio Soleri, aujourd’hui âgé de 88 ans, y accomplit ce prodige : si l’acteur vieillit (peut-être), l’Arlequin, lui, reste éternellement jeune. Mais on aurait tort de s’arrêter à cette ébouriffante longévité : cette pièce est d’abord un intense moment d’allégresse. Traversée de rires, éclairée de costumes magnifiques, ponctuée par la langue italienne qui lui est un bonheur supplémentaire.
Les 3 et 4 à 22 h dans l’amphi d’O. Il reste des places.



Battlefield




Comme un jeu de miroirs qui renvoie à un temps plus lointain encore que la naissance du Printemps des Comédiens. En 1985, Peter Brook et Jean-Claude Carrière présentaient à Avignon une adaptation du Mahabharata, saga fleuve, quinze fois plus longue que l’Iliade, racontant des épisodes guerriers de la mythologie indoue. Tous ceux qui ont vu ce spectacle gardent ancrées les images somptueuses de ces neuf heures passées dans la carrière du Boulbon. Un des plus grands souvenirs d’Avignon.
Trente et un après, le revoici sous le titre de Battlefield. Non pas dans sa version de l’époque, impossible à restituer, mais dans une forme de 70 minutes où Peter Brook et Jean-Claude Carrière ont recueilli des pépites d’émotions. Un Mahabharata comme décanté. Mais toujours fascinant.
Les 3, 4 et 5 juin, 22h, à l’espace Micocouliers. Il reste quelques places.



Mundos de papel




Et un cirque de 18 h pour ouvrir le festival. Symbole : c’est même aux trois artistes de la compagnie Vol’e Temps qu’est revenu l’honneur d’apparaitre les premiers sur une des scènes du Domaine. Ce qui en dit long sur cette volonté trentenaire du Printemps des Comédiens de mettre sur le même pied arts circassiens et grands textes.
Avec Mundos de Papel, c’est un monde de rêves qui s’ouvre. Entre cirque, théâtre, chorégraphie… Habitant tout cela à la fois. Avec l’imagination pour seule boussole.
Les 3, 4 et 5 à 18 h espace Sud. Il reste quelques places.





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