Les intrigants du Printemps

Intrigant : qui intrigue pour parvenir à ses fins, dit le Larousse. Mais aussi : qui attire, qui interpelle, qui fascine par sa complexité même, par l’apparente étrangeté du propos, par une architecture où l’œil et l’esprit se perdent… Intrigants à côté de ceux qu’on pourrait appeler les évidents du festival : Mnouchkine, Castellucci , Lacascade…
« A côté » et non pas « contre », cela va sans dire. Car ces intrigants rendez-vous du Printemps des Comédiens sont autant d’invitations à des voyages qui ne sont pas moins surprenants, dépaysants, envoûtants parfois que la route des Indes d’Ariane Mnouchkine ou les Bas-Fonds explorés par Eric Lacascade. Premiers pas sur ces autres routes que propose le festival.


ANGELUS NOVUS AntiFaust

Jean Varela, directeur artistique du Printemps, dit qu’entrer dans ce spectacle, c’est comme pénétrer dans une forêt. On y erre entre sous-bois touffus et clairières radieuses, on y reçoit des images, des sons dont on n’est jamais trop sûr de la provenance, de la signification moins encore.
Car Sylvain Creuzevault n’aime rien tant que brasser les grands mythes ou les grands moments de l’Histoire. Il brasse, il embrasse et met sur le plateau des œuvres foisonnantes, palpitantes, éclairées de vidéos, portées par le texte aussi bien que par la musique. Les moyens sont considérables –une vingtaine de comédiens, de musiciens sur scène- les ambitions ne le sont pas moins : Faust y est confronté aux drames du siècle, le nôtre, à ses horreurs, à ses erreurs. Il a parfois encore la tête dans l’opéra du XIXe –moment de grâce absolue de ce spectacle- et les pieds dans la boue de notre quotidien.
Ne pas chercher à tout comprendre, surtout. Mais se laisser porter par ce monumental paquebot théâtral qui, roulant, tanguant, bringuebalant parfois, semble, à chaque représentation, appareiller pour une destination différente.
à hTh - Domaine de Grammont Montpellier, les 2, 3 et 4 juin à 20h
Fiche spectacle


SONGES ET METAMORPHOSES

Un grand rêve de théâtre. Un vertigineux jeu de miroirs entre Le Songe shakespearien et Les Métamorphoses d’Ovide, entre hier et aujourd’hui, entre acteurs confirmés et enfants tout juste débarqués sur une scène, entre langue « noble » et parler de notre temps… On avait adoré l’an dernier le chantier de Myrrha, mythe ovidien transposé dans une cour de lycée. Trente minutes qui en disaient long. Mais ne disaient pas tout. Loin s’en faut.
Car Guillaume Vincent, concepteur de ce labyrinthe, a conçu un spectacle foisonnant –là aussi, plus de vingt comédiens au plateau- faisant théâtre de tout, un spectacle où les mythes entrent en résonance les uns avec les autres, où on ne sait jamais si la pièce à laquelle on assiste est une pièce dans la pièce ou la répétition d’un spectacle à venir. Il y a là des moments de drôlerie, de grâce, de simple beauté. Il y a enfin chez ces comédiens de tous âges une fringale de théâtre qui passe, jubilatoire et communicative, de la scène aux gradins.
au Théâtre Jean-Claude Carrière, Domaine Départemental d'O, les 23 et 24 juin à 20h et le 25 juin
à 18h

Fiche spectacle


LENGA

On ne résiste pas au plaisir de l’anecdote qui a servi de détonateur à ce spectacle : quand il était enfant, Christophe Rulhes, aujourd’hui anthropologue et musicien, adorait enregistrer son grand-père qui, dans la région de Toulouse, lui parlait une langue musicale et inconnue : l’occitan. La Lenga Nostra, disait le grand-père. Ces sonorités lui sont restées dans l’oreille. Et quand il s’est mis à voyager, quand il est arrivé à Madagascar, en Afrique du Sud, soudain tout s’est mis en place. Il s’est rendu compte que là-bas aussi des langues se perdaient, qu’au fond de leurs villages, des anciens parlaient des idiomes de moins en moins compris. Alors s’est imposée l’idée de ce spectacle. Avec son complice Julien Cassier, danseur, acrobate, scénographe, il a conçu cette lanterne magique qu’est Lenga : y résonnent des musiques africaines, malgaches, occitanes, s’y croisent des mots venus de langues encore vives, s’y voient des visages malicieux de grands-mères malgaches ou de grands-pères occitans. Et tout cela est gai, plein de musiques et de danses. Un bonheur de toutes les couleurs.
au Théâtre D'O, Domaine Départemental d'O, les 8, 9 et 10 juin à 20h30
Fiche spectacle



Facebook