Plein Soleil sur le Printemps

Quand le Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine se déplace, ce n’est pas en catimini : 65 comédiens, danseurs, musiciens, techniciens, cuisiniers. Sept semi-remorques. Une avant-garde -on dit « les émissaires » en langage Mnouchkine- qui, dès le 7 mai dans le théâtre Jean-Claude Carrière, va installer l’imposant décor et régler les complexes lumières… Ah on ne déplace pas le Soleil d’un claquement de doigts !
Ces quelques chiffres pour redire l’importance de l’événement qui, avec les dix représentations d’Une chambre en Inde, attend les spectateurs du 31ème Printemps des Comédiens. Car les tournées du Théâtre du Soleil sont rares. Et sélectives : hors de son port d’attache de la Cartoucherie de Vincennes, Mme Mnouchkine n’a donné son aval qu’à un seul rendez-vous français : celui de Montpellier.
Il faut y voir, bien sûr, une reconnaissance pour un festival qui accueille les plus grands, les plus innovants metteurs en scène -Castellucci, Marthaler, Lacascade, Creuzevault…- mais qui reste attaché à une forme de fête où se mêlent familles, enfants et théâtro-maniaques. Peut-être faut-il y voir aussi un clin d’œil à un pan d’histoire commune : il y a 25 ans tout juste, le Bassin du Domaine Départemental d’O accueillait la confondante adaptation qu’Ariane Mnouchkine avait réalisée autour des Atrides.
Souvenir qui ne s’efface pas de la mémoire des spectateurs historiques du Printemps. Ni de celle d’Ariane Mnouchkine apparemment : elle a redécouvert avec émotion que la structure de bois bâtie tout exprès pour ses Atrides servait encore de petit théâtre sous les micocouliers. Elle voulait même que, pour la venue d’Une chambre en Inde, on la réinstalle dans le théâtre Carrière ! Comme une sorte de boucle de nostalgie qui se serait bouclée entre le passé et le présent.
Trop compliqué, hélas. Mais cet épisode montre bien à quel point existe entre la grande dame du théâtre français et le Printemps des Comédiens un lien, un subtil fil d’Ariane –bien sûr-, qui va au-delà de la simple relation de travail. Une affection. Une tendresse presque.
Il ne nous reste plus, heureux spectateurs que nous sommes, qu’à pousser la porte de la CHAMBRE EN INDE : c’est tout un monde qui, derrière, nous attend.


UNE CHAMBRE EN INDE


Pour ce spectacle de quatre heures, à la fois drôle, émouvant, spectaculaire, musical, profondément humaniste dans une époque qui en a tant besoin, Ariane Mnouchkine a voulu que tout se déroule comme dans son théâtre de la Cartoucherie. Pas de place préétablie lors de l’achat du billet : le spectateur est invité à arriver plus tôt -le théâtre sera ouvert une heure et demie avant- et à choisir son fauteuil sur le plan à l’entrée de la salle.
Un autocollant sera apposé sur son billet et le spectateur sera alors prêt à embarquer pour un voyage qui le conduira à la fois dans l’espace, l’Inde bien sûr, mais aussi dans l’histoire universelle du théâtre. Comme à la Cartoucherie il pourra se promener au milieu des loges et assister à la préparation des artistes. Il pourra aller au restaurant déguster un plat indien. Il pourra même retrouver une des silhouettes familières du festival (et de la Cartoucherie qui est un peu sa maison) : Mama Fanta derrière son étal de décoctions exotiques…
Il sera alors l’heure de retrouver fauteuil et théâtre. Et de se laisser emporter par cette prodigieuse machinerie de mots, de musiques, d’images que seul en France et peut-être dans le monde, le Théâtre du Soleil sait fabriquer.

Dix représentations du 30 mai au 10 juin (relâche les 5 et 6). Il reste encore quelques places.
-> Rencontre avec Ariane Mnouchkine et l'équipe artistique d'UNE CHAMBRE EN INDE, le dimanche 4 juin à 11h, sous chapiteau à la Pinède.
Fiche spectacle


Jean-Claude Carrière -aussi- sur la route des Indes


Il ferait beau voir que l’on parte sur la route des Indes et dans un théâtre qui porte son nom, de surcroit, sans que Jean-Claude Carrière ne soit du voyage… Car entre l’Inde et l’éternel président du Printemps des Comédiens, il y a un long compagnonnage. Jean-Claude Carrière a beau avoir mille activités, il a beau écrire cent scénarios, pièces, livres, il a beau côtoyer tout ce que le cinéma, le théâtre comptent de stars, il est une source à laquelle il vient toujours boire : le Mahabharata, cette épopée indienne vieille de plus de vingt-siècles et longue comme douze fois la Bible.
De ce kaléidoscope furieux de guerres, de rois, de dieux et de prodiges, il avait en 1985 tiré, avec son ami Peter Brook, un prodigieux spectacle de dix heures au Festival d’Avignon. Il n’en reste, pour quelques uns, que la mémoire. Mais Jean-Claude Carrière, lui, n’a jamais clos le gigantesque livre du Mahabharata.
Il le feuillette à intervalles réguliers, il en fait resurgir des batailles, des personnages, des traitrises et des réconciliations. Et il ne pouvait faire moins, alors qu’Ariane Mnouchkine ouvre sa Chambre en Inde, que d’en reprendre le cours une fois encore. Lecture teintée de musique ? Spectacle à part entière ? On ne sait quel nom donner à cette rencontre. A quoi bon donner un nom d’ailleurs : on suivrait Jean-Claude Carrière les yeux fermés sur la route des Indes.

Le samedi 3 juin à 17 h. Théâtre Jean-Claude Carrière
Fiche spectacle



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